[Au pied du trône vacant] Les Cahiers de la Restauration

Par Luca Fumagalli et Piergiorgio Seveso

Dans notre petit monde «sédévacantiste» – mais, à certains égards, le discours pourrait s’appliquer à l’ensemble de la galaxie «traditionaliste» – nous tombons sur des figures que nous pourrions définir, à leur manière, antithétiques et complémentaires.

Le premier groupe comprend ceux qui vivent la crise actuelle de l’Église comme un fait d’une grande pertinence, plus lié à l’actualité qu’à l’histoire. Ce sont souvent les «enfants» du «choc bergoglien». Ils commentent avec passion et indignation légitime la dernière sortie de François, certainement ils savent en quelque sorte que la crise de l’Église a presque atteint l’âge de la retraite, soixante ans et plus, mais ils sont continuellement et émotionnellement affectés par la contemporanéité: les excès de certaines paroisses, les troubles moraux du clergé moderniste, l’alignement du «Vatican» sur les positions les plus progressistes, mondialistes, philanthropiques ou «gauchistes».

Ce sont les plus menacés par une mémoire historique à court terme: «Ratzinger était certainement mieux, Wojtyla était contre le communisme et contre l’avortement, Montini portait la tiare et Jean XXIII même le camauro». Le passé proche risque d’être immédiatement idéalisé et édulcoré par eux ou transformé en animal en peluche. La contre-histoire de l’Église est nécessaire pour redresser certaines idées bizarres: une reconstruction bienveillante qui risque de transformer les “bourreaux du catholicisme” en  modérés “limiteurs de dégâts”.

Dans d’autres, plus habitués à la bonne presse et à la lecture de «nos livres», une idée plus claire, quoique brève, de la subversion qui s’est produite avec le «Concile Vatican II» se forme. Si la vision de ce qui s’est passé est assez claire en eux, le «comment» est souvent renversé par des théories hyper-conspiratrices ou grossièrement cryptopolémologiques. Ils vont d’une seule et vaste conspiration judéo-maçonnique (sur la base, bien sûr, de textes méritoires et fondamentaux comme ceux, par exemple, de Maurice Pinay ou Léon de Poncins, mais peut-être aussi de choses moins adamantines comme les listes de Pecorelli), jusqu’aux numérologies abstruses de certains vieux et grotesques magazines italiens, au lieu de visions plus paroxystiques et extrêmes allant de la papauté occulte de Siri à Paul VI enlevé par des forces mystérieuses et remplacé par un double (comme le «défunt» Paul McCartney après tous) pour arriver aux excentricités minutelliennes contemporaines.

Il est typique d’une culture clandestine, souterraine, «underground», de facto telle que celle du catholicisme romain intégral d’aujourd’hui d’élaborer (également) des théories historiques qui, bien que partant de données factuelles (par exemple le manque d’autorité papale), insèrent des éléments douteux et non prouvés, visionnaires (ou pire “apparitionnistes”) et fantastiques dans la reconstitution des faits. C’est un aspect inévitable, contenable, corrigible, mais toujours inévitable.

Évidemment, ce sont des figures minoritaires, car l’étude (sérieuse) nécessite une grande disponibilité de temps et une liberté (au moins partielle) des occupations serviles. 

Ces “historiens” s’efforcent, de manière plus réfléchie et articulée, de se libérer des écueils d’une vision sectorielle ou partialisée de la crise de l’Église, et ils commencent à analyser la genèse historique de la crise moderniste et son évolution au cours” du XXe siècle. Plus encore, ils remontent au jansénisme et au régalisme des Cours européennes, au protestantisme et même plus loin dans le temps aux courants hétérodoxes de la “Renaissance”, jusqu’aux anciennes hérésies médiévales, ou encore plus tôt aux hérésies pseudo-chrétiennes des premiers siècles de l’ère chrétienne.

Des études sérieuses ne manquaient donc pas, de Delassus à Meinvielle, de Benigni à Innocenti: ce sont des textes qui distinguent en un certain sens la bibliothèque d’un catholique intégral, mais dans une pièce comme celle-ci, nous traitons plus du cadre que de l’image (comme on dit, un bon cadrage vaut la moitié de l’image).

Souvent, la tentation de ces érudits d’aujourd’hui, laissés debout au milieu des ruines du catholicisme romain, parfois blessés, légèrement hébétés et recouverts de poussière et de gravats, est de commencer à écrire les “Cahiers de la restauration”. Autrement dit, comme dans ces téléfims américains dédiés aux «cold cases» ou au profilage de tueurs en série, ils commencent à tracer, sur une série interminable de tableaux blancs en plastique, un réseau très dense de contacts, historiques, idéologiques, théologiques qui finissent progressivement par couvrir des murs entiers.

«Voilà pourquoi nous sommes arrivés à ce point» – s’écrient les érudits -, «Cette fois où l’Inquisition n’a pas fait son devoir, cette autre fois où l’évêque ou le prince ou le complice sans méfiance ont protégé cet hérétique, cette conventicule, cette autre congrégation».

Peu à peu, le type de savant intégriste trouve l’hérétique le plus caché dans les plis de l’histoire, trouve des complices, des comparables, des substituts: en lui monte aussi une sorte d’esprit inquisitoire rétrospectif, qui ressemble parfois – c’est la pire tentation à laquelle il est confronté – dangereusement à cette arrogance du «moderniste» qui juge, se croyant plus «éclairé», ce qui a été auparavant.

La parabole dramatique du Catholicisme romain au cours des siècles, la liste de ses ennemis internes et externes, les Troisièmes et peut-être même Quatrièmes forces qui nous ont conduits directement à l’Abomination et à l’Apostasie contemporaines, sont écrites sur ces “Cahiers”, jaunis et parfois graisseux à cause de la compilation compulsive, pleins de noms, de dates e de conditions.

Avec cette composition d’approfondissement progressif du mosaïque de trahison et d’infidélité, l’impatience envers ceux qui ne comprennent pas la portée du schéma, envers ceux qui ne ne le suivent pas (peut-être parce qu’il en ont a un autre ou ils n’en ont pas), envers ceux qui n’en saisissent pas la centralité absolue, grandit en lui.

Le savant se voit alors souvent entouré d’insuffisance, d’ignorance, peut-être même de trahison et de malveillance. Si le «Concile Vatican II» a été le couronnement de toutes ces erreurs, il faut recommencer, poursuivre les responsables anciens et modernes, il faut dix, cent, mille Synodes cadavériques, au moins virtuels, pour pouvoir recommencer à «Instaurare omnia in Christo», presque pour purifier l’Histoire et la Mémoire.

Qui collectera ces «Cahiers de la Restauration»? Il est évident, le Pape nouvellement catholique qui va venir un jour (pas comme les intrus ou les occupants actuels), celui selon le Cœur Immaculé de Marie (et ici Matteo Salvini n’a rien à voir avec ça), celui qui va en quelque sorte relancer l’histoire de l’Église (qui bien sûr ne s’est jamais complètement arrêtée mais tout simplement, reprenant l’apologue d’Alessandro Gnocchi et de Mario Palmaro sine dolo, est tombée dans un sommeil léthargique fait de sorts et de maux hérétiques).

Ce futur Pape aura sur le bureau pontifical, que ce soit au Vatican ou dans des catacombes à la «périphérie du monde», tous les «Cahiers de la Restauration» écrits et envoyés par les divers érudits fidèles intégraux en ces longues années de Vacance ( et ici les tubes musicaux d’été ne sont pas impliqués). Il s’agira de cahiers froissés, de magazines sur papier glacé, de conférences blindées, de présentations PowerPoint ou d’organigrammes. Le Pape les lira-t-il? Ou comme un nouvel Alexandre le Grand, va-t-il libérer la table d’un coup d’épée?

Nous espérons être là pour pouvoir le voir et vous en parler.

A la veille de la fête de saint Pie X

2 septembre 2019

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In memoria di Padre Joseph Collins 

[At the foot of the vacant throne] “Fortresses, forts and bunkers”

[Au pied du trône vacant] “Forteresses, Fortalices et casemates”

[U podnóża pustego tronu] Twierdze, Forty i bunkry

[Al pie del trono vacante] “Fortalezas, fortalices y bunkers”

La Tesi di Cassiciacum spiegata in inglese

I quadernetti della restaurazione

Padre Cekada a colloquio con Pio XII sulla riforma della Settimana santa

[AT THE FOOT OF THE VACANT THRONE] The notebooks of Restoration

https://www.radiospada.org/2020/03/al-pie-del-trono-vacante-los-cuadernos-de-la-restauracion/

Puntate onorarie:

Orgogliosi di essere la vergogna della Tradizione

Radio Spada: cinque anni di battaglie

Una rivisitazione della Traviata

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